Le 6 juillet dernier, à Genève, les Nations Unies ont ouvert leur premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle.
Le même mois, six pays d’Afrique de l’Ouest Burkina Faso, Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Guinée, Bénin harmonisaient leurs propres lignes directrices en la matière. l’Afrique francophone, dans son ensemble, publiait un document fondé sur sept principes : transparence, responsabilité, respect des droits humains, inclusion et équité, souveraineté numérique, protection des données, gouvernance multipartite.

Il convient de retenir une chose de cette simultanéité : la gouvernance de l’intelligence artificielle en Afrique n’est plus un sujet de colloque lointain. C’est une conversation qui se tient, au même moment, à Genève et à Ouagadougou.
Depuis quelques semaines, j’y participe à ma modeste échelle. Pas depuis un bureau climatisé à observer de loin, mais depuis le terrain celui des formations, des ateliers, des tables rondes camerounaises. Je veux partager ici ce que ce chemin m’a appris, et surtout, ce qu’il me reste à comprendre.
Se former d’abord, avant de prétendre encadrer
On ne peut pas parler sérieusement de gouvernance de l’IA sans en comprendre les mécanismes. C’est une évidence, mais elle mérite d’être répétée : trop de discours sur l’éthique de l’IA viennent de gens qui n’ont jamais ouvert un modèle de leur vie.
Ces dernières semaines, j’ai suivi deux formations certifiantes sur le sujet. La première, avec l’ITU Academy (l’Union internationale des télécommunications, une agence des Nations Unies), portait sur les principes fondamentaux de la gouvernance de l’IA. La seconde, un MOOC développé par l’UNESCO en partenariat avec LG AI Research sur la plateforme Coursera, traitait spécifiquement de l’éthique de l’intelligence artificielle.
Ce que ces deux parcours m’ont appris ne se résume pas à des définitions. Ils m’ont surtout donné un cadre pour poser les bonnes questions : qui est responsable quand un système automatisé se trompe ? Comment documenter la provenance des données d’entraînement ? Où commence la vie privée, où finit l’intérêt collectif ?
Ce sont des questions abstraites tant qu’on ne les confronte pas au réel. C’est là que le terrain camerounais m’a servi de laboratoire.
Ce que le terrain m’apprend que la théorie ne dit pas
Le 18 août dernier, je suis intervenu à la Table Ronde des Jeunes du Forum National sur la Gouvernance de l’Internet au Cameroun (IGF Cameroun 2026), organisée sous le patronage du Premier ministre. La question qu’on m’a posée était directe : l’intelligence artificielle va-t-elle détruire des emplois, et comment la jeunesse peut-elle devenir productrice plutôt que simple consommatrice de ces technologies ?
J’y ai défendu une position à contre-courant. Oui, certains emplois vont disparaître le nier serait mentir à cette jeunesse. Mais surtout, j’ai insisté sur un point que les grandes déclarations internationales évoquent rarement avec cette précision : au Cameroun, « créer une IA » relève encore largement du vœu pieux. Cela suppose des data centers, une infrastructure énergétique stable, un appui institutionnel massif. Ce que beaucoup présentent comme des créations d’IA ne sont, pour l’essentiel, que des requêtes adressées à des modèles hébergés ailleurs.
Ce n’est pas un aveu de fatalisme. C’est une clarification nécessaire. Le rapport Lawyers Hub sur l’indice de gouvernance de l’IA en Afrique, qui évalue les 54 pays du continent selon huit piliers stratégie, réglementation, infrastructures, capital humain, innovation, éthique, intégration régionale, mise en œuvre confirme ce constat : seuls trois pays africains disposent aujourd’hui d’une gouvernance de l’IA véritablement établie. Le Rwanda arrive en tête. La majorité du continent reste en construction.
Quelques jours plus tard, j’ai eu l’occasion de constater ce que peut produire une démarche de gouvernance construite localement. Le Med.IA Laboratory, où j’interviens comme formateur, a réuni pendant une journée entière, à la Fondation Friedrich Ebert de Yaoundé, les organisations professionnelles de journalistes, des médias et des représentants de la société civile pour examiner, article par article, une Charte Éthique Nationale sur l’Intelligence Artificielle et le Journalisme au Cameroun.
La leçon que j’en tire est simple, mais elle mérite d’être dite : une charte qui prétend encadrer l’usage de l’IA ne peut pas être écrite dans un bureau, loin de ceux qui l’appliqueront. Elle doit être discutée, contestée, amendée par les praticiens eux-mêmes. C’est exactement l’esprit de « gouvernance multipartite » que revendiquent les lignes directrices de l’Afrique francophone sauf que là, je l’ai vu se construire, dans une salle, avec des désaccords bien réels.
La troisième voie que l’Afrique doit encore écrire
Un constat revient souvent dans les analyses récentes sur le sujet : l’Europe construit sa gouvernance de l’IA autour de la maîtrise des risques, avec des textes comme l’AI Act. Les États-Unis, eux, misent largement sur les dynamiques de marché, laissant aux entreprises une large latitude. L’Afrique, dit-on, explorerait une troisième voie.
Je partage cette intuition, mais je crois qu’il faut la préciser. Cette troisième voie ne se décrétera pas depuis un sommet international. Elle se construira, ou pas, dans des salles comme celle de la Fondation Friedrich Ebert, dans des tables rondes comme celle du Palais des Congrès de Yaoundé, dans des formations où l’on apprend à des journalistes, des chercheurs et des dirigeants à distinguer ce que l’IA peut vraiment faire de ce qu’elle prétend faire.
Les biais algorithmiques constituent, à ce titre, l’un des angles morts les plus documentés. Les systèmes d’IA, entraînés majoritairement sur des données non africaines, produisent des résultats peu fiables lorsqu’on les applique à nos réalités que ce soit en santé, en traduction automatique ou en reconnaissance faciale. Ce n’est pas un détail technique. C’est la preuve concrète qu’une gouvernance pensée ailleurs, sans données ni voix locales, ne peut pas nous servir correctement.
Ce qu’il reste à construire
Je ne prétends pas avoir de réponse définitive à ces questions. Je continue à me former, à observer, à participer à des espaces où ces débats prennent forme la prochaine étape pour moi sera le Forum mondial de l’UNESCO sur l’éthique de l’IA, à Riyad, en septembre.
Mais une conviction s’installe, plus solide à chaque étape parcourue : la gouvernance de l’IA en Afrique ne viendra pas uniquement des textes signés dans les capitales étrangères, ni des seules déclarations de nos propres gouvernements. Elle se construira à l’intersection des deux informée par les cadres internationaux, mais façonnée par ceux qui vivent, forment et travaillent avec ces outils au quotidien, ici.
C’est dans cet espace, entre la formation continue et le terrain, que je choisis de me tenir.
Questions fréquentes sur la gouvernance de l’IA en Afrique
Qu’est-ce que la gouvernance de l’IA ?
La gouvernance de l’intelligence artificielle désigne l’ensemble des règles, principes et institutions qui encadrent la conception, le déploiement et l’usage des systèmes d’IA. Elle couvre notamment la responsabilité en cas d’erreur, la transparence des modèles, la protection des données personnelles et la prévention des biais algorithmiques.
Où en est l’Afrique en matière de gouvernance de l’IA ?
Selon l’indice de gouvernance de l’IA en Afrique publié par Lawyers Hub, qui évalue les 54 pays du continent selon huit piliers, seuls trois pays disposent aujourd’hui d’une gouvernance véritablement établie, le Rwanda arrivant en tête. La majorité du continent reste en phase de construction.
Quels sont les principes retenus par l’Afrique francophone ?
Les lignes directrices publiées en juillet 2026 reposent sur sept principes : transparence, responsabilité, respect des droits humains, inclusion et équité, souveraineté numérique, protection des données et gouvernance multipartite.
Pourquoi les biais algorithmiques posent-ils un problème spécifique en Afrique ?
Les systèmes d’IA sont entraînés majoritairement sur des données non africaines. Appliqués aux réalités du continent, ils produisent des résultats moins fiables en santé, en traduction automatique ou en reconnaissance faciale. C’est un argument concret en faveur d’une gouvernance intégrant des données et des voix locales.
Comment se former à la gouvernance de l’IA depuis l’Afrique francophone ?
Plusieurs parcours certifiants sont accessibles en ligne, notamment ceux de l’ITU Academy sur les principes fondamentaux de la gouvernance de l’IA et le MOOC de l’UNESCO consacré à l’éthique de l’intelligence artificielle, développé en partenariat avec LG AI Research et hébergé sur Coursera.
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Venant Axel ALIMA est fondateur d’Ijeki-AI, formateur en intelligence artificielle et intervenant au Med.IA Laboratory. Il est certifié par l’ITU Academy (gouvernance de l’IA) et par l’UNESCO (éthique de l’IA, en partenariat avec LG AI Research). Pour suivre ses analyses sur l’IA appliquée aux organisations africaines, abonnez-vous à sa newsletter « IA & Afrique » ou contactez-le pour un diagnostic IA de votre organisation.

Intéressé vraiment c’est une grande chose pour nous les camerounais
C’est avec plaisir, restez juste connecté!
Bonjour, ma problématique est la suivante : comment initier nos jeunes cerveaux dans les zones rurales du Cameroun
Il faut une sensibilisation sur l’importance de ces outils !